Gardiens de la nature – parc national de la Vanoise

Sur les sommets de la protection

En haute montagne, Sébastien Brégeon, chef de secteur au parc national de la Vanoise, se sent pousser des ailes de coureur des cimes. Sa fascination pour les animaux ne l’empêche pas de privilégier le dialogue avec les habitants.

 

De notre envoyé spécial

«Là-haut, sur la montagne (…) » Qui n’a pas chanté ce refrain, enfant, avec à l’esprit l’image édénique d’un chalet savoyard qui sent le feu de bois, aux bardages de mélèze, grisés par le temps, aux balustrades et balcons ouvragés surplombant un torrent rugissant, des alpages fleuris et, un peu plus loin, la lisière d’une forêt de sapins bleus, où l’on imagine toute une faune originelle ? Qui n’aurait pas, à nouveau, cette mélodie : « (…) l’était un beau chalet », dans l’oreille, en approchant, en compagnie de Sébastien Brégeon, du refuge de l’Orgère, au pied de l’aiguille Doran (3 041 m), du râteau d’Aussois (3 131 m) et de la Tête noire (2 581 m), en plein cœur du parc national de la Vanoise (Savoie) ?

Après des mois d’enneigement exceptionnel, ce matin du premier jour de l’été est tout d’or et d’azur. Sur les versants abrupts qui grimpent vers le col du Ravin noir, vers l’est, ou jusqu’au célèbre col de Chavière, plein nord, la pelouse explose en un feu d’artifice de mille fleurs, alors que de beaux névés restent plus denses que jamais. Toute la journée, Sébastien Brégeon, chef du secteur de Modane au parc national de la Vanoise, n’en perdra pas une miette. Car sa responsabilité hiérarchique (il encadre quatre gardes moniteurs, deux techniciens de l’environnement et une assistante) ne lui laisse pas assez souvent le loisir d’aller sur le terrain, alors que cet homme de 44 ans est aussi un athlète, mordu de l’ultra-trail (1).

Montagnard chevronné, mais aussi plongeur et marin (il est titulaire du brevet de capitaine 200), le chef de secteur arpente le parc national de la Vanoise, en tant que fonctionnaire, depuis 2002, date à laquelle il y fut nommé garde moniteur, pour sept premières années de service. De 2009 à 2014, il eut le « très grand bonheur professionnel et humain » d’être en poste au parc naturel marin d’Iroise, dans l’équipe de son ami Antoine Besnier (lire La Croix d’hier), et d’y forger son approche de la protection de la nature, « selon le principe d’un développement durable construit avec les usagers et les habitants du territoire protégé, à la faveur d’un véritable dialogue démocratique ».

L’ascension vers le sommet de la Tête noire (2 581 m) passe par une combe secrète, où le spectacle est, soudain, un festival naturaliste. À moins de 150 m de distance, trois bouquetins de grande taille (des mâles) descendent très lentement dans un pierrier, balançant placidement leurs imposantes cornes annelées. Quelques dizaines de mètres plus haut, une harde de chamois s’émeut à peine de la présence inattendue de deux bipèdes aux yeux vissés dans leurs jumelles. Un immense gypaète barbu plane, alors, le long du versant sud du sommet. Quelques minutes plus tard, deux perdrix bartavelles s’esquivent, par un vol plané, derrière la crête rocheuse. Au programme, en ce jour très ensoleillé, il y eut aussi des marmottes curieuses, des vautours fauves acrobates, un lièvre furtif et même, sans doute, l’indice très frais du passage d’un jeune loup sur le sentier des hommes.

Car, des hommes, il y en a aussi, dans ces montagnes. « Après avoir beaucoup couru après les chamois, les bouquetins, et même après les grands dauphins, j’aime m’occuper un peu plus des humains, confie le chef de secteur. Nous sommes en zone de présence permanente du loup, par exemple, et ce n’est pas facile à gérer. Ce soir, je vais rendre visite à un éleveur, pour des constats de prédation. Il fait partie de ceux avec lesquels nous cherchons des solutions. »

Alors que le refuge de l’Orgère est à nouveau tout proche, Sébastien Brégeon rencontre Justin Sert, un jeune berger qui commence ici l’estive de son troupeau de brebis. La conversation est sérieuse, chacun prenant longuement des nouvelles de l’autre, de ses enfants, des amis communs et, bien sûr, de la montagne. On dirait deux frères qui se retrouvent, après une journée de travail. Il y a, dans leurs yeux, des éclats chaleureux du soleil qui commence à descendre sur l’horizon.

Antoine Peillon

(1) Le célèbre ultra-trail du Mont-Blanc totalise, par exemple, 168 km de course, sur 9 400 mètres de dénivelés positifs cumulés.

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